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Gérard Bourdet
Le gendarme aux deux casquettes

       Gendarme depuis près de trente ans, Gérard Bourdet consacre son temps libre à la navigation pour aider les jeunes en délicatesse avec la loi. Avec la mer pour alliée, il les remet dans le droit chemin, via l’association des Voiles écarlates dont il est le président

    Gérard Bourdet est un personnage au parcours atypique : ancien de la Marine marchande, il est gendarme depuis trente ans et met à profit ses loisirs pour s’occuper de jeunes délinquants. Ses amis disent que, « sous son air  nounours, il est le cœur qui guide l’association». L’association, c’est « Les Voiles écarlates » créée en 1997  et qui a  pour  but d’offrir une seconde chance à ces jeunes qui ont commis de petits délits alors qu’ils étaient encore mineurs au moment des faits. Le principe de base est de partir en mer une semaine avec pour équipage,

     Gérard Bourdet, le patron, le second, trois jeunes et un éducateur de la Protection judiciaire de la jeunesse pour assurer l’encadrement. La navigation se fait de nuit. Le jour, chaque escale est l’occasion pour les jeunes de travailler : remise en état d’un terrain en friche pour y construire un terrain de boules, nettoyage des dunes, etc.

  Les Voiles Ecarlates   L’association gère trois vieux gréements, dont le Croix du Sud III, propriété de la ville de Cherbourg-Octeville. « Je navigue toujours sur des BDA, les bateaux des autres ! » lance le  « président-patron-gendarme ». 

   « La Gendarmerie est un label ! »

     Entièrement restauré grâce à  un chantier de réinsertion en  2001-2002, le vieux langoustier avait  été offert par l’ancien propriétaire, mais il nécessitait d’importants travaux avant de pouvoir naviguer en toute sécurité. Estimation : un million de francs. « Je n’avais pas un centime !  se rappelle le gendarme qui a pris son bâton de pèlerin pour négocier les devis et trouver des partenaires institutionnels.       Mon titre de gendarme m’a aidé. Le label “Gendarmerie” a fonctionné. Pour eux, c’est essentiel. »
     
Le cadre juridique des sorties en mer est une convention baptisée « Ports propres, Mains propres » passée avec le ministère de la Justice.
       Il s’agit d’une alternative à l’emprisonnement par la mise en place de réparations pénales prévues par la loi Perben II. « Le juge pour enfants sélectionne les jeunes, mais je leur demande une démarche  volontaire, qu’ils veuillent s’en sortir. Le fait que je sois gendarme, ça les interpelle. Je suis persuadé qu’ils ne  sont pas foncièrement méchants. Pour eux, la  prison n’est pas la solution. Il faut parler avec eux, à force, j’arrive à avoir un savoir-faire. La mer est un excellent moyen pour récupérer ces jeunes qui partent à la dérive. Un jour, j’en ai quitté un à Granville. Quand il a débarqué, il pleurait. Une autre fois, lors d’une escale, l’un d’eux a refusé de descendre à terre. Il voulait rester à surveiller le bateau ! » Un comble pour un jeune qui est là pour avoir porté atteinte au bien d’autrui… Quand il raconte ces « petits miracles », le patron est sûr d’avoir réussi sa mission auprès de ces gamins qu’il a parfois arrêtés quelques mois plus tôt et fait mettre en garde à vue.

Politesse et discipline

     « Quand le bateau a été refait, je voulais qu’il soit confortable, car souvent, ce sont des jeunes qui ne sont pas bien chez eux.  souligne t-il en nous faisant visiter les lieux. Chacun a sa couchette et tous se retrouvent autour de la table pour les repas et sur le pont pour naviguer. Ils apprennent ou réapprennent la politesse, car ici, on serre la main du patron »,  fût-il gendarme. Pour avoir refusé, un jeune s’est vu débarquer immédiatement par Gérard Bourdet. Le patron est franc et chaleureux, il plaisante volontiers mais il ne rigole pas. A bord, ils découvrent un métier difficile. « En mer, c’est la solidarité, sinon tu finis dans les cailloux ! Sur le bateau, ils se sentent vulnérables. Ça attire le respect. »

 

 Des relais de Dunkerque à Toulon

 

      La méthode brevetée « Gérard Bourdet » a fait des émules dans toute la France. De Dunkerque à Toulon, onze coordinateurs relais sont en place pour mener les mêmes opérations dès 2007, via l’association des « Old Gaffers », vieux gréements de France. Cinquante-sept jeunes ont navigué sur le Croix du Sud III. « Trois ont récidivé. On est sans nouvelle d’une dizaine. Certains reviennent comme membres de l’association. » Une réussite qui a valu au président Bourdet la médaille de la Protection judiciaire de la jeunesse décernée par le ministère de la Justice, et qu’il a immédiatement offerte aux 185 membres bénévoles qui l’entourent.

      Infatigable, il s’est vu confier la partie insertion du chantier du trois mâts Marité racheté par un groupement d’intérêt public. En cale à Cherbourg, l’ancien bateau de pêche à la morue va être entièrement remis en état par des entreprises, mais aussi des jeunes délinquants. Il devrait participer aux Voiles de la liberté à Rouen, en 2008, et servir ensuite comme le Croix du Sud pour des réhabilitations de jeunes plus lourdement condamnés. « C’est quand même une importante mission que l’on m’a confiée, comme une petite compagnie ! »

 

Sophie Desmares.

Associations « Les Voiles écarlates »
Site internet : http://assoc.orange.fr/voiles-ecarlates/ 


Biographie expresse

   Né en 1955, Gérard Bourdet a connu sa première expérience professionnelle comme mousse sur un bateau de pêche hauturièGérard Bourdetre à l’âge de 13 ans. « C’est formateur mais très dur ! Je ne me voyais pas faire ça toute ma vie.» Après une année à l’école de la Marine marchande à Paimpol, il embarque trois ans sur des cargos,bananiers et pétroliers. Alors qu’il était débarqué pour faire son service militaire, il apprend que  les trente-cinq hommes restés à bord sont tués dans une explosion. Fortement perturbé par l’accident, il décide de changer de profession. « Je suis allé à la brigade de Cherbourg. Mon parcours les intéressait. J’ai eu un peu de mal à m’adapter car je ne retrouvais pas l’esprit de la Marine. » Gendarme depuis 1976, il se souvient  de ses débuts, quand ses supérieurs lui disaient : « Attendez Bourdet, on n’est plus dans la Marine ! Ma franchise m’a souvent joué des tours mais je l’assume. Les gradés savent où ils vont avec moi ! »

     A la sortie de son stage, il est affecté à l’escadron 3/17 de Mihiel (Meuse) pendant quatre ans avant de demander à se rapprocher de la Normandie. Il est nommé en 1980 à la BT de Bayeux. « Il y avait beaucoup de boulot car il n’y avait ni BR, ni Psig. J’ai beaucoup souffert avec la procédure. A la création du Psig en 1982, je me suis porté volontaire. » Deux ans plus tard, il devient motocycliste, d’abord à Argentan, puis à Valognes (Manche). Déclaré inapte moto en 1996 pour des raisons médicales, il rejoint la BT de Valognes. Il partira en retraite en 2008.

 

 

  

(Suite des portraits dans « L’Essor » n° 386 de décembre 2006)