PORTS PROPRES MAINS PROPRES 2006
Mentions légales : Le nom "Opération Ports Propres Mains Propres" et les logos associés sont des marques déposées propriété de l'association Les Voiles Ecarlates
3 vieux gréements sur la côte ouest du Cotentin (Texte et photos Serge Teissier).


Mardi 2 mai (Diélette)
Le ciel est couvert et un vent frais balaie le quai de Diélette où se tient le premier briefing. Il y a les neuf jeunes et leur parents, les éducateurs, deux représentantes de la Mairie, deux employés communaux et les équipages des trois bateaux sur lesquels la "campagne" ou "mission" comme dit Gérard, se déroulera pendant six jours et sur lesquels seront affectés trois jeunes.
- CROIX DU SUD III (CdS3), 12 m de coque, ancien langoustier, propriété de la ville de Cherbourg-Octeville sous la responsabilité de Gérard Bourdet, Président de Voiles Ecarlates.
- ETOILE DU MATIN, 15 m de coque, ancien bâtiment de servitude de la Marine Nationale, cotre marconi construit en 1940, restauré par Jacques Bourdon, Président de la Fédération M.A.N.C.H.E Normandie.
- DEHEL, 12,37 m de coque, cotre pilote de Ouistreham, 1931, appartenant à l'association AMERAMI, sous les ordres de Xavier Goupil.
Le programme de la journée est annoncé et les règles de sécurités énoncées (chaussures de protection, lunettes, gants, emploi des outils…etc.). La Mairie a proposé trois chantiers : chantier grillage, chantier muret, chantier jeu de boule. Ces trois chantiers sont rondement menés. La parcelle communale est débarrassée de son vieux grillage, des barbelés, des poteaux de clôture en béton et nettoyée de tous les déchets. Le quai est débarrassé de son muret en ruine et retrouve sa forme d'origine et le terrain de boule est entièrement rénové. A midi le repas froid est pris à bord et d'autres chantiers reprennent pour l'après midi : nettoyage des pontons salis par les goélands et les cormorans et le nettoyage des plages alentour. Après la douche nous cheminons aux côtés du Maire venu apprécier le travail fait par ces jeunes pour sa commune.



Une petite cérémonie de baptême est célébrée en toute simplicité, d'un ex-petit bateau de pêche recyclé en monument terrestre, échoué sur un lit de galets, comme on en voit souvent aux entrées des petites villes côtières. La plaque est dévoilée par sa marraine et révèle le nom de REST'ATER, soigneusement peint cet hiver sur l'ancienne plaque arrière de CdS3 par Roger. En fait, l'idée est venue d'un précédent groupe de jeunes qui l'an passé trouvait dommage que le bateau ne porta pas de nom. Le Maire organisa alors un concours et il lui fut très difficile de se prononcer sur un large choix. Le Maire nous offre un excellent repas au restaurant.
Mercredi 3 mai : (Port Bail)
Debout
à 6h à la cloche du bord. 8h, appareillage pour Carteret avec à bord de CdS3
deux journalistes de FR3. Vent moyen , mer peu agitée, parfois du brouillard,
les 3 bateaux naviguent de conserve vent debout au moteur. Seules les grandes
voiles sont hissées, GPS et radar sont en fonction. Un petit rayon de soleil
dans une trouée du plafond nuageux permet à la caméra de FR3 d'entrer en action
et la mise à la cape sous la pointe de Flamanville de faciliter les interviews.
Accostage à 12h à Carteret suivi d'un casse croûte sur les trois bords puis départ pour le nettoyage des plages de Port Bail. Le soir, tous éreintés mais contents d'avoir bien œuvré, nous contemplons la remorque du tracteur communale chargées de sacs d'ordures. Sur les plages on trouve de tout. Les déchets sont divers : plastique sous toutes ses formes et couleurs, verre, papiers, ferrailles, boulettes de goudron et bien d'autres choses. Retour à Carteret avec les mini bus, douches puis repas chaud au restaurant.


Jeudi 4 mai : (Port Bail)
Toute
la journée est consacrée à des travaux de remise en état des dunes de sable
entre Port Bail et St Jean la Rivière. Pour cela nous sommes conseillés par
deux Gardes du Conservatoire du Littoral. Les parcelles de terrain achetées
par le Conservatoire doivent retrouver leur état d'origine en démontant les
poteaux de clôtures et les barbelés et les nettoyer de tous les déchets. Ces
actions ne se font pas sans explications pédagogiques par les Gardes du Conservatoire.
Ils nous font découvrir le monde mystérieux de la flore et de la faune vivant
dans les dunes et les mares. L'entretien d'un environnement végétal naturel,
tant sur les dunes que dans les mares, permet d'assurer le maintien de la
chaîne alimentaire, du micro organismes en passant par les larves, têtards,
tritons, grenouilles, crapauds et autres amphibiens de Normandie. On apprend
aussi qu'à certaines saisons il faut éviter de nettoyer les plages car de
petits oiseaux de mer, très discrets, font leurs nids dans les amas de brindilles,
végétaux et algues en décomposition laissés par la mer en haut des grèves.
18H : Crevés mais satisfait d'avoir fait du bon boulot, nous rentrons à Carteret pour la douche, à nouveau le restaurant pour le repas chaud et la bannette du bord. Tous savent qu'à 1h15 du matin, la cloche teintera pour le branle-bas général.
Vendredi 5 mai : (Chausey)
Deux heures du matin, appareillage avec tout le monde sur le pont. Chaque bateau organise les quarts lui convenant. A bord de CdS3, les quarts de 2h vont se succéder jusqu'à 8h. Chaque quart est assuré par un ou deux jeunes en compagnie d'un éducateur et du chef de quart. La consigne de navigation est de se suivre à la vitesse de 4 nœuds, feux de mât allumés et veille sur le canal 72. Le noir de la nuit, la fraîcheur et l'humidité mettent les jeunes à dure épreuve. En ciré complet et gilet auto gonflable, les yeux ont du mal à rester ouverts pour la veille aux casiers de pêche, surtout au milieu de la nuit. Tant que le quart n'est pas terminé…pas de bannette. .Dur dur la vie de matelot.
Durant mon quart de nuit, à bord de CdS3 , j'avais remarqué dans le noir que DEHEL, sous voilure réduite, semblait virer de bord, tantôt à droite tantôt à gauche, voire faire des tours complets. J'appris le lendemain que l'homme de quart, Patrick en l'occurrence, piquait du nez sur le compas, la fatigue sans aucun doute. Il fut remplacé et en s'engouffrant dans la descente pour rejoindre sa bannette, à mi torse encore émergé, il y eut une détonation soudaine, ce qui réveilla tout le bord. Patrick se retrouva coincé dans l'étroit passage avec un gilet de sauvetage gonflé à bloc. Le bout de déclenchement de la cartouche de gaz s'était prise quelque part. Il faillit passer là le reste de la nuit, lui qui avait sérieusement fait la leçon aux jeunes de ne pas jouer avec ça…pour leur sécurité.
A 8h05, deux marsouins bondissent en couple, s'en allant d'un bateau à l'autre. J'en soupçonne un troisième sur l'arrière de nous dire un petit bonjour lui aussi. Dommage pour les jeunes qui roupillent encore.
12H :nous arrivons à Chausey par l'ouest - sud ouest et trouvons dans le Sound une tonne de mouillage convenant pour nos trois bateaux. Repas à bord, rangement des affaires, nettoyage et lavage des ponts à l'eau de mer.
François
nous propose de découvrir les passes difficiles de l'archipel en utilisant
les alignements des balises avec des repères remarquables sur l'île ou des
îlots caractéristiques. CdS3 largue la tonne avec tous les patrons et équipages
et quelques éducateurs pour ce périple dans les cailloux. Nous laissons sur
DEHEL et ETOILE DU MATIN les neufs jeunes entre eux, encadrés par des éducateurs.
C'est un moment pour nous de décompresser un peu. C'est une belle leçon de
navigation que nous offre François. A l'aide d'une carte détaillée de l'archipel,
les alignements qui définissent les passes sont soigneusement identifiés avec
une précision remarquable mais gare à ne pas s'en écarter.
Au retour à la tonne, une descente à terre est organisée pour une visite et promenade dans l'île. La petite annexe pneumatique d'ETOILE DU MATIN devra faire de nombreuses rotations avec l'impératif souci d'écoper à chaque voyage.
Samedi : (Chausey - Granville)
Le matin : Travail de nettoyage des plages sur la grande île sous les conseils des Gardes du Conservatoire locaux. Peu avant midi, PEN DUICK III se met à couple de CdS 3 sous les ordres d'une jeune femme et ça, ça en étonne plus d'un jeune de chez nous ! La CANCALAISE vient mouiller sous voiles à quelques encablures devant nous. Après le repas de midi, l'escadre appareille pour Granville où les parents attendent le retour des bateaux. Pour la dernière fois, les bords sont rangés, les ponts et roofs nettoyés à grande eau avant le débarquement définitif des jeunes. A la terrasse du Yacht Club, une réunion générale permet de faire le bilan et de partager les impressions de cette Opération Ports Propre Mains Propres 2006.
Après un pot au Yacht Club, Thierry invite toute l'équipe au restaurant pour nous remercier de notre bénévolat et de l'aide que nous avons tous apporté à la réussite totale de cette " Mesure de Réparation Pénale en Milieu Ouvert ".
Dimanche 14H : (Granville - Cherbourg)
Les trois bateaux appareillent pour Cherbourg. Viviane, Jean-Pierre et Joël sont venus compléter l'équipage de CdS3. Un vent de NNE nous attend, faible et mer belle, donc encore route moteur ! Nous embouquons la passe ouest de la Rade vers 6H du lundi matin et à 7H30, CdS3 et DEHEL s'amarrent dans le bassin du commerce tandis qu' ETOILE DU MATIN reste quelques heures au ponton des visiteurs avant de reprendre la mer pour son port d'attache. Pour les jeunes, en dehors de la sanction à laquelle ils se devaient de répondre, ces six jours leur ont fait percevoir un autre monde de ce qu'ils s'imagine des adultes, surtout dans un milieu maritime. A leur âge, ils ont entre 14 1/2 à 16 ans voir 18 exceptionnellement, ils sont entièrement pris en charge par les parents, les institutions, la société, n'ont aucune responsabilité ni initiative personnelle.
A bord des bateaux ils sont confrontés entre leur réalité d'adolescent et la réalité des adultes. Le bateau est un passage obligé pour une vision différente de leur monde imagé. Les discours entre eux qui les font esclaffer n'ont que peu d'effet sur les adultes. Ils le sentent très bien car quand le groupe est dispersé, l'ado redevient lui même, attentif, à l'écoute. A bord les problèmes de la vie courante sont présents en permanence. Il n'y a pas de place au désordre des affaires personnelles. Il faut ranger aussitôt levé. Les manœuvres des voiles exigent du monde, il faut être présent et s'activer. De plus, en mer on ne fait pas n'importe quoi. Il y a les quarts, la navigation, la lecture et l'interprétation des cartes et des instruments, la maîtrise de la barre, les changements de voiles et la veille doit être constante. Sitôt accosté, il faut ranger, faire la vaisselle, nettoyer le poste et laver le pont.
Il leur faut apprendre l'effort gratuit et le geste précis du gabier. Un nœud marin doit être bien fait, rapidement, même dans la nuit. Pas de "bout" à traîner sur le pont. Amarres et drisses doivent être soigneusement lovées et correctement tournées sur les taquet, pas n'importe comment pour les tours sur les taquets ! Les jeunes gabiers de CdS3 ont très bien accroché sur les nœuds marins. Ils ont trouvé un bouquin dans la bibliothèque du bord et patiemment reproduit les nœuds représentés. Il m'a suffit de leur montrer le "tour de main" pour les réussir, même les yeux fermés. Ce jeu les a intéressés plusieurs heures par jour.
Le travail sur les plages et les différents chantiers sont pratiqués par tous, jeunes, éducateurs et équipiers bénévoles. C'est une action collective qui montre au jeune que tout le monde est concerné et non une corvée centralisée sur lui et sa sanction. Les bénévoles que nous sommes n'avons pas ànous immiscer dans son histoire mais s'il souhaite en parler, il faut l'écouter sans a priori.
Il y a bien eu quelques écarts en six jours que les éducateurs ont remis dans la droiture, mais l'ambiance a toujours été bonne si bien même que l'un d'entre eux est désormais, sur sa demande, membre de l'association les Voiles Ecarlates. Un petit bémol cependant et qui nous a tous surpris : tous tirent la clope à longueur de journée, un infâme "mégoton" où il y a plus de papier chiffonné et mouillé que de tabac à fumer. C'est quand mieux que la prise ou la chique pour nos vieux ponts ! Mais cela est une autre histoire.
J'ai admiré le rôle des éducateurs (Thierry, Nicolas, Stéphanie, Michael, François…) qui ont pris en charge les jeunes, la vie à bord ou à terre, les repas, les déplacements, fait respecter un planning très serré, réalisé un programme réfléchi et bien préparé. Il faut aussi saluer les bénévoles, autres que ceux embarqués pour la conduite des bateaux, ceux qui les ont préparés et assuré la logistique à terre, entre Cherbourg et les différents ports, pour acheminer le matériel et autres obscurs travaux indispensables au bon déroulement de l'Opération Ports Propres Mains Propres 2006.
Serge TEISSIER
Les partenaires :
Encadrement :
Navigation :